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Conseil aux dirigeants

La facture électronique va-t-elle faire baisser vos honoraires comptables ?

équipe Grégory Loyez Co-gérant · Expert-comptable · Commissaire aux comptes

Grégory Loyez

Expert-comptable associé · Cabinet Loyez

7 min de lecture

Cet article n'a pas été actualisé depuis

On me pose la question à chaque rendez-vous depuis six mois : « Avec la facture électronique, vous allez travailler moins, donc vos honoraires vont baisser, non ? » Je préfère répondre franchement plutôt que d'esquiver. La réponse courte est non — et ce n'est pas du corporatisme. Voici pourquoi, en détail.

Commençons par ce qui va effectivement disparaître

Soyons honnêtes : oui, la facture électronique va supprimer une partie de notre travail. Précisément celle-ci.

La relance pour obtenir vos pièces

Aujourd'hui, une part significative du temps de nos collaborateurs part dans ce que j'appelle la chasse aux justificatifs : le mail de relance, le second mail, l'appel, la pièce qui arrive en photo floue, celle qu'on ne retrouve jamais. Avec la facture électronique, vos factures d'achat arriveront directement dans notre outil, sans que personne n'ait à les demander.

Mais voilà le point que personne ne dit : ce temps de relance, nous ne vous l'avons jamais facturé. Il n'apparaît sur aucune ligne de votre devis. C'est du temps que nous absorbions, parce qu'il fait partie du service. Sa disparition améliore notre qualité de vie au travail — elle ne libère aucune ligne budgétaire chez vous.

Le vrai bénéfice pour vous

Vous allez surtout gagner votre temps. Plus de dossiers à constituer, plus de mails à traiter, plus de « je vous envoie ça demain » qui traîne trois semaines. C'est un gain réel — simplement, il est de votre côté, pas du nôtre.

Une partie de la saisie

La reconnaissance automatique des factures existe déjà et fonctionne bien. La facture électronique la rendra fiable à 100 %, puisque les données seront structurées à la source. Là aussi, gain de temps réel, surtout en fin d'exercice.

Maintenant, ce qui s'ajoute

Et c'est là que le raisonnement « moins de travail donc moins cher » se casse. Parce que la réforme crée deux obligations mensuelles nouvelles qui n'existaient pas.

Le e-reporting

Toutes les opérations qui ne passent pas par la facturation électronique — ventes aux particuliers, opérations avec l'étranger, encaissements — doivent faire l'objet d'une transmission séparée à l'administration. Avec sa propre logique, ses propres formats, ses propres échéances.

Un nouveau rythme déclaratif

Concrètement, trois fois par mois — le 10, le 20 et le 30 — il faudra :

• Vérifier que toutes les factures émises ont bien été transmises via la plateforme
• Contrôler les statuts de rejet et les corriger
• Produire le e-reporting des opérations non facturées électroniquement
• Réconcilier ces flux avec la comptabilité

Et à cela s'ajoute la TVA, comme avant. Nous passons donc d'une échéance mensuelle à quatre.

Ce que ça change dans nos plannings

Nous devons désormais tenir un rythme de trois échéances par mois sur des flux qui, avant, pouvaient être traités de façon plus souple. Cette contrainte de régularité a un coût organisationnel réel — recrutement, formation, outillage, contrôle qualité.

Le calendrier : ne vous emballez pas

Un point que beaucoup de dirigeants n'ont pas intégré : la réforme ne sera pleinement opérationnelle qu'en 2028.

Échéance
Ce qui s’applique
Septembre 2026
Toutes les entreprises doivent être capables de recevoir des factures électroniques. Les grandes entreprises et ETI commencent à en émettre.
Septembre 2027
Les TPE et PME doivent à leur tour émettre leurs factures au format électronique.
2028
Le système tourne réellement à plein régime : tout le monde émet, tout le monde reçoit, les flux sont fluides.

Autrement dit, pendant deux ans, nous allons vivre en régime hybride : certaines factures arriveront au format électronique structuré, d'autres continueront d'arriver en PDF par mail ou en papier. Il faudra gérer les deux circuits en parallèle. C'est la période la plus lourde, pas la plus légère.

Et tout ce qui ne change pas du tout

C'est peut-être le point le plus important, et le plus mal compris. La facture électronique automatise la collecte de l'information. Elle n'automatise pas le travail comptable.

Continueront d'exister exactement comme avant :
• Le rapprochement bancaire — vérifier que chaque mouvement en banque correspond à une écriture, identifier les écarts, traiter les opérations non lettrées
• Le lettrage des comptes clients et fournisseurs — associer les règlements aux factures correspondantes, identifier les impayés réels
• Les réconciliations — comptes de TVA, comptes d'attente, comptes courants d'associés, immobilisations
• Les travaux d'inventaire — stocks, provisions, charges constatées d'avance, amortissements
• La révision et le contrôle de cohérence — c'est le cœur de notre responsabilité professionnelle
• La liasse fiscale et l'optimisation — aucun automatisme ne remplace l'arbitrage

Une facture électronique parfaitement transmise ne vous dit pas si elle est correctement imputée, si la TVA est déductible, si la charge relève de l'exercice, ou si elle aurait dû être immobilisée. C'est là que se situe notre métier, et rien de tout cela ne disparaît.

Alors, à quoi va servir le temps gagné ?

Voilà ma vraie réponse, et c'est aussi mon engagement.

Le temps que nous ne passerons plus à courir après les pièces et à ressaisir, nous voulons le réinvestir dans ce qui a de la valeur pour vous : des points plus réguliers en cours d'année.

Aujourd'hui, le schéma classique est le suivant : vous nous voyez une fois par an, au bilan, quatre à six mois après la clôture. À ce moment-là, tout est joué. On constate, on ne pilote plus.

Demain, avec des données à jour en permanence, nous pourrons vous proposer :
• Un point trimestriel sur votre situation réelle — marge, trésorerie, résultat à date
• Des arbitrages fiscaux en novembre plutôt qu'en avril, quand il est encore temps d'agir
• Un suivi de trésorerie prévisionnel alimenté automatiquement
• Une alerte quand un indicateur dérive, au lieu d'un constat un an après

C'est un changement de nature du service, pas une réduction de son volume. Et c'est franchement plus intéressant pour vous comme pour nous.

Ma position, clairement

Je ne vous dirai pas que la facture électronique va faire baisser vos honoraires, parce que ce serait faux. Je vous dis en revanche que pour le même budget, vous allez recevoir davantage : plus de régularité, plus d'anticipation, plus de conseil. Le rapport valeur/prix s'améliore — pas le prix.

Ce que vous devriez faire dès maintenant

1. Vérifier que votre outil de facturation sera conforme. Si vous facturez sur Word ou Excel, il faut changer. Nous vous accompagnons sur ce point.
2. Choisir votre plateforme agréée. Nos partenaires Pennylane et Cegid sont déjà certifiés — si vous êtes chez nous, c'est réglé.
3. Nettoyer votre base clients et fournisseurs. Les numéros SIREN devront être exacts. Une base sale génère des rejets en cascade.
4. Ne pas attendre septembre 2027. Les entreprises qui basculeront dans les dernières semaines vivront un moment difficile.

Si vous voulez qu'on regarde ensemble où vous en êtes, appelez-moi. Le premier échange ne coûte rien, et il vous évitera probablement quelques mauvaises surprises.

équipe Grégory Loyez Co-gérant · Expert-comptable · Commissaire aux comptes

Grégory Loyez

Expert-comptable associé · Cabinet Loyez

J'accompagne les chefs d'entreprise sur le haut de bilan, la transmission et l'optimisation de leur rémunération, jusque dans leur patrimoine personnel. Pédagogue avant tout, je préfère qu'un dirigeant comprenne sa décision plutôt qu'il la subisse.

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