Conseil aux dirigeants
Combien coûte un expert-comptable en 2026 ?
Grégory Loyez
Cet article n'a pas été actualisé depuis
C'est la première question que me posent les dirigeants, et souvent la plus mal traitée sur internet. Voici les fourchettes réelles que je constate sur le marché, ce qui fait vraiment varier un devis, et les trois questions à poser avant de signer.
Les fourchettes réelles en 2026
Commençons par les chiffres, puisque c'est ce que vous cherchez. Ces montants correspondent à ce que j'observe sur le marché français pour une mission de tenue comptable complète avec établissement du bilan — c'est-à-dire le cas le plus courant.
À ce budget de tenue et de bilan s'ajoutent deux postes systématiquement facturés à part.
La gestion de la paie
Comptez entre 22 et 32 € HT par bulletin, selon le volume traité, la complexité de votre convention collective et les options retenues (portail salarié, gestion des absences, DSN évènementielles, suivi des entretiens, coffre-fort numérique). Plus le volume est important, plus le coût unitaire baisse. Un forfait d'ouverture de dossier de 150 à 400 € est également fréquent la première année.
Le cas particulier de la SCI
La SCI est traitée à part, parce que son budget n'a rien à voir avec celui d'une société d'exploitation. Pour une SCI avec un seul locataire, comptez entre 700 et 900 € HT par an. Trois paramètres font ensuite varier ce montant :
• L'option à la TVA — elle ajoute des déclarations périodiques et un suivi de la récupération sur travaux
• Le régime fiscal, IR ou IS — une SCI à l'IS suppose une comptabilité commerciale complète, des amortissements et une liasse fiscale ; à l'IR, la déclaration 2072 reste plus légère
• Le nombre de locataires — chaque bail supplémentaire ajoute de la quittance, de l'appel de charges et de la régularisation
Le juridique annuel
L'approbation des comptes — convocation, procès-verbal d'assemblée générale, rapport de gestion, affectation du résultat, dépôt au greffe — représente un budget de l'ordre de 450 € HT par an pour une société classique. C'est une obligation légale, pas une option : mieux vaut la voir figurer clairement sur le devis que la découvrir en cours d'année.
Un ordre de grandeur utile
Sur l'ensemble des dossiers que nous suivons, les honoraires comptables représentent en général 0,5 % à 1,5 % du chiffre d'affaires pour une TPE, et descendent souvent sous 0,5 % au-delà de 2 M€ de CA. Si vous êtes très au-dessus de cette fourchette, il y a matière à discussion.
Ce qui fait vraiment varier le prix
1. Le volume de pièces, pas le chiffre d'affaires
C'est le point le plus mal compris. Un négociant qui fait 3 M€ de CA avec 40 factures par mois coûte moins cher à traiter qu'un commerce à 400 000 € avec 800 tickets mensuels. Ce qui pèse dans notre travail, c'est le nombre d'écritures, pas le montant.
Conséquence directe : si vous voulez faire baisser votre budget, la première chose à regarder n'est pas le taux horaire de votre cabinet, mais votre organisation documentaire.
2. Votre niveau de préparation
Un client qui nous transmet ses pièces au fil de l'eau via une application, avec des relevés bancaires connectés automatiquement, mobilise deux à trois fois moins de temps qu'un client qui apporte un carton en février. Ce n'est pas un jugement — c'est simplement une réalité de coût que tout cabinet honnête vous répercutera.
3. La complexité technique de votre activité
Certaines situations demandent structurellement plus de temps :
• TVA multi-taux (restauration, alimentaire) ou intracommunautaire
• Stocks à valoriser (négoce, industrie)
• Travaux en cours et facturation à l'avancement (BTP)
• Multi-établissements ou comptabilité analytique
• Groupe avec consolidation ou intégration fiscale
4. Le périmètre réel de la mission
Deux devis à 2 500 € peuvent recouvrir des réalités très différentes. L'un inclut deux rendez-vous annuels, un prévisionnel et l'assistance en cas de contrôle ; l'autre se limite à la production des comptes. C'est là que se joue la vraie comparaison.
Les trois questions à poser avant de signer
1. « Combien de rendez-vous sont inclus, et avec qui ? »
Un bilan remis par mail sans commentaire n'a aucune valeur ajoutée. Demandez si vous rencontrerez l'expert-comptable ou uniquement un collaborateur, et à quelle fréquence.
2. « Qu'est-ce qui sera facturé en supplément ? »
Création de société, cession de parts, contrôle fiscal, prévisionnel, évaluation, assemblée générale extraordinaire : ces missions sortent presque toujours du forfait. Autant le savoir avant.
3. « Que se passe-t-il si mon volume augmente ? »
Une clause de révision claire vaut mieux qu'une renégociation tendue en cours d'année. Un bon cabinet vous dira dès le départ à partir de quel seuil les honoraires évoluent.
Le vrai sujet n'est pas le prix, c'est le retour
Un dirigeant qui paie 3 000 € et récupère 8 000 € d'optimisation de rémunération sur l'année a fait une bonne affaire. Celui qui paie 1 800 € pour des comptes produits en retard, sans conseil, a payé trop cher. La question à se poser n'est pas « combien ça coûte » mais « qu'est-ce que ça me rapporte ».
Peut-on négocier ?
Oui, mais pas n'importe comment. Négocier un pourcentage sec fonctionne rarement et dégrade souvent la relation. En revanche, ces trois leviers marchent réellement :
1. Prendre en charge la pré-comptabilité — collecte des pièces, rapprochement bancaire via une application. Vous faites baisser mécaniquement le temps passé.
2. Regrouper vos entités — si vous avez une SCI et une société d'exploitation, un cabinet unique optimise le traitement.
3. Vous engager sur la durée — un engagement de trois ans justifie un tarif préférentiel, parce qu'il amortit le coût de reprise du dossier.
Ce que je vous conseille
Demandez trois devis, mais ne les comparez pas sur le seul montant. Regardez le périmètre, le nombre de rendez-vous, les outils mis à disposition, et surtout : est-ce que la personne en face vous a posé des questions sur votre projet, ou s'est-elle contentée de vous envoyer une grille ?
Un expert-comptable qui ne vous demande pas où vous voulez emmener votre entreprise dans cinq ans ne pourra pas vous y aider.
Je terminerai par la phrase que je répète le plus souvent en rendez-vous, et qui résume assez bien tout ce qui précède : un bon conseil, ça peut coûter cher ; un mauvais conseil, ça peut coûter très cher.